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Piloter l'entreprise à deux mains ...

L'expression "piloter à deux mains", tombe sous le sens, même si la vérité historique ne dit pas de manière certaine si Lou Gerstner l'a bien prononcée...

 

 

 

 

 

Comment faire danser un éléphant ?

 

par Henri-Paul Soulodre, Administrateur du C2P

 
 
 
L'anecdote est tirée d'un échange avec un ancien Président d'IBM France à la retraite.
 
J'évoquais avec lui l'époque difficile pour la compagnie, celle des années 90 où le mastodonte IBM, a vu ses marges s'effondrer et ses ventes mondiales décliner sans que ce phénomène ne soit vraiment expliqué et encore moins maîtrisé.

C'était l'époque qui faisait suite à l'irruption de la micro informatique, à laquelle IBM n'avait pas cru, et qui avait été la plus belle opportunité donnée à une "start up de garage" qui deviendra le leader du système d'exploitation des micro ordinateurs, Microsoft.
 
C'était l'époque qui faisait suite à l'irruption d'un nouveau système d'exploitation non propriétaire que certains chez IBM considéraient comme un "amusement d'universitaires sans aucun avenir", UNIX.
 
Ces erreurs d'analyse du changement de l'environnement concurrentiel furent le fait d'une société trop confiante en elle-même, dormant sur les certitudes crées par ses succès passés considérables, par son image "en béton" et donc, de ce fait,  aveugle à l'évolution du monde. Une société devenue trop cloisonnée au plan mondial, chacune des parties ayant sa propre certitudes pour l'ensemble et chacune ayant les meilleures raisons et les meilleures analyses du monde pour justifier "localement" ses investissements, ses choix et sa stratégie et arriver à les imposer au "corporate".

Ce fut enfin l'époque de l'arrivée aux commandes de la Compagnie du charismatique Lou Gerstner qui décrit son aventure à ce poste dans un ouvrage étonnant : " Comment j'ai fait danser un éléphant !".
 
Faire danser un éléphant et, comme une libellule en plein vol, et lui faire changer de direction à 90 °, ce fut possible par la mise en oeuvre d'un management global nouveau.
 
L'auteur y précise que le pilotage d'une telle organisation à partir d'informations issues de la base dont le contenu et la valeur se transformaient au fur et à mesure de leur cheminement dans un "processus vertical d'élaboration" au profit du sommet, rendait la "tête" totalement insensible aux réalités du "terrain".
 
 Or la tête se sentait en sécurité et le terrain commençait à souffrir de plus en plus dans les affaires...
 
L'idée qu'il fallait, en quelque sorte, disposer au somme de l'entreprise, dans la passerelle du commandant, d'un instrument montrant non plus seulement une vision verticale de l'entreprise, par le dessus, mais d'un autre instrument, complémentaire, montrant l'entreprise par le travers, de manière latérale, à angle droit par rapport  au "processus hiérarchique" a vu le jour.
 
Un peu comme si le nouveau Président d'IBM voulait "passer l'entreprise au fil de l'épée" pour mieux voir ce qu'elle avait à l'intérieur...
 
Pour justifier cela, il eut besoin d'une autre forme de légitimité que celle habituelle, hiérarchique, de la direction, de celle de l'actionnaire. Il l'a trouva dans ce qui est au fond la raison d'être de l'entreprise, ses clients. Or pour servir les clients, le marché, il n'existe qu'un seul chemin, les processus !
 
Il se dit que jusqu'à présent, en environnement stable et prévisible, il était assez facile de diriger la maison "avec une seule main" car les vagues étaient petite par rapport à la taille du bateau et leur fréquence était assez faible. Un seul axe de vision était suffisant, une seule dimension de vision.
 
En période difficile, avec des vagues plus courtes et plus puissantes, il devenait utile d'avoir "une seconde main" pour maitriser la situation et donc d'avoir à sa disposition un second axe de vision, de voir l'entreprise " en deux dimensions", de lui donner du relief.
 
Ne plus se fier au seul regard de ses hiérarchiques traditionnels mais le croiser par d'autres "fidèles" ayant un autre "point de vue".

L'expression "piloter à deux mains", tombe sous le sens, même si la vérité historique ne dit pas de manière certaine si Lou Gerstner l'a bien prononcée...
 
 
 

 

Histoire vraie !

 
Le plan d'action de Lou Gerstner est couronné de succès : fin 2002, IBM a repris du poids, l'éléphant est sortie de la plus grave crise qu'il ait connu. L'entreprise compte près de 350 000 employés, ses bénéfices pour l'année 2001 frisent les 8 milliards d'euros - contre 86 milliards de CA. Une santé étonnante pour un vieil animal de 91 ans. En 2003, l'activité atteint les 89 milliards de dollars, pour un résultat positif de 7,61 milliards. Une santé étonnante quand on sait d'où revient l'entreprise mais qui caractérise sa capacité à rebondir. Si IBM poursuit sur sa lancée, l'entreprise sera la première du secteur à passer le cap de la centaine.
 
On pourrait ainsi dire que le Pilotage par les Processus rend l'entreprise "résiliente" dans les difficultés…
 

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